Gardénia… Alain Platel, Vanessa Van Durme

Photo Luk Monsaert
Théâtre du Merlan, Marseille.
Un cabaret. Des artistes de plus de soixante ans : des travestis. Un jeune homme. Pendant une heure trente, approximativement, ils vont chanter, danser, se dévoiler devant un public qui oscille entre hilarité et larmes. il y a beaucoup d’émotions. Pari gagné pour ce grand metteur en scène/chorégraphe ? En tout cas, le public est conquis. 
Une discussion a lieu après le spectacle. Vanessa Van Durme, comédienne transsexuelle, à l’origine du spectacle et qui avait déjà travaillé avec Platel, nous raconte la genèse de la pièce.
Le point de départ est un documentaire sur un vieux cabaret de travestis barcelonais qui doit fermer : « Ya Soy Asi » où l’on suit ces « personnages » qui ont fait vivre ce petit cabaret plus de quarante ans et qui vont devoir quitter la scène pour de bon. Emue, Vanessa a réuni de « vieilles connaissances » du milieu gay et travesti pour leur proposer de raconter cette histoire au théâtre. Et franchement, le casting est à la hauteur. Ils sont vrais, émouvants dans leurs corps usés, ces grand-pères habillés en femme, maquillés à outrance. Tellement à l’aise qu’on se dit que la reconnaissance des sexes ne tient pas à grand chose. Oui, ils sont convaincants !
Je ne peux, en les regardant si bien parler de ce travail, m’empêcher de ressentir une profonde tristesse, mêlée d’un soupçon de colère. Une profonde tristesse parce que je me rends compte, en les écoutant, qu’ils n’ont pas pu, sur scène, partager le fond de cette histoire. Ce que nous avons vu, c’est un défilé sympathique et loufoque de « vieilles folles », savamment agencé par Platel.
À qui la faute ?! Comment passer sous la surface quand on est pris par l’engrenage du temps, du résultat ?
Alors on trompe, on trompe le spectateur, on trompe l’acteur, on se trompe soi-même. On vend sa peau au plus offrant en faisant fi de nos valeurs, de nos rêves d’enfants. Et comme tout le monde fait cela en ce moment -j’entends tous les milieux, toutes les professions, la plupart des êtres- on invente les passerelles qui n’existent pas pour se réjouir, paresseusement, des exigences qui se perdent et rendent tout uniforme. Ça rassure. Aussi fou que cela puisse paraître, oui, ça rassure.
Et je me demande comment, dans ses conditions, j’arriverai, un jour, à traverser cet écran opaque pour remonter sur scène et montrer ces malles de rêves abandonnées par tous, sur le chemin. Sans rien lâcher. Sans rien lâcher.
 

Les anglais disent Nohkan, les français Nokan et les Japonais l’appellent : Fue Kata ou Fue

Doigtés de Nôkan – Fingering Nohkan – Morita Ryu – Sensei Saco Yasuhiro

Il est assez étrange que malgré deux années de cours réguliers (Je vais au Japon une fois par semaine depuis deux ans pour une heure de cours hebdomadaire !) et de recherches intempestives, je n’ai presque jamais parlé de la Nôkan ici.

Pourtant quand on essaye de se pencher sur le sujet, il est quasiment impossible de trouver quelque référence que ce soit et quand elles existent, elles sont souvent approximatives et/ou incomplètes. Il existe, je suis sûr, pour ceux qui lisent et écrivent le japonais, des mines d’informations sur le net. Malheureusement, je ne suis pas de ceux-là.

Bien sûr, il s’agit là d’un instrument qu’on pratique dans l’intimité des temples ou de pièces traditionnelles de quelques tatamis aux portes de papier. Ici, nous entrons dans les codes de l’ancien Japon. Le maître (sensei, celui qui maîtrise et transmet son art) vous reçoit en kimono. Assis en seiza, derrière un petit cube en bois sur lequel il tape la mesure en chantant les lignes des percussions, il fait face aux élèves qui passent l’un après l’autre, dans un silence respectueux. Ceux qui attendent leur tour boivent le thé autour d’une table basse et murmurent entre leurs dents leur shoka, tout en soutenant l’élève qui, face au maître, passe à l’épreuve des rythmes coupés de cris. Comme un combat perdu d’avance. La gorge nouée, on attend son tour. Et quand on sera passé, on restera encore une demie-heure ou une heure pour se remettre de ce face à face.

Ici, il n’y a pas d’horaire. Le cours est de 18h à 21h et on vient. On prend place à côté des autres élèves et on attend patiemment son tour. Souvent, après, comme une récompense, on se retrouve dans un petit restaurant japonais. Le sensei a quitté son habit de maître, déposé son masque et les codes de cet art ancestral pour revêtir le costume de l’homme simple du 21ème siècle qu’il est à la ville. Un homme qui boit, qui rigole et devise avec ses élèves, devenus, une fois le fronton du temple franchi, comme ses amis.

La flûte de , la Nôkan, est l’instrument par lequel on appelle les esprits à descendre sur le butai -plateau du théâtre – pour venir prendre possession des danseurs-acteurs. On comprendra, alors, toute l’importance du cérémonial. Nous ne sommes plus simplement des élèves en musique, nous apprenons à côtoyer les dieux, avec leurs règles, leurs humeurs. Il est, par exemple, interdit de porter un collier ou une montre, un quelconque bijou qui pourrait entraver la venue de la musique. La flûte ne se tient pas comme un « vulgaire » instrument. Sa prise en main est régie de multiples codes qu’on répète inlassablement.

Dans cet art, il n’y a pas de livres, de partitions. Le maître, quand il estime que nous maîtrisons un morceau suffisamment, nous écrit le prochain shoka sur du papier à musique japonais, divisé en huit temps de haut en bas, sur huit lignes de droite à gauche. Le shoka est le chant. Les syllabes en katakana ne représentent pas les notes, seulement le chant. Un ヒャ (Hya) pourra être dans une phrase ou une pièce un seki  (nom d’un des doigtés – CF tableau) et dans l’autre phrase ou pièce un  Jô (autre doigté).

Le maître, alors, à côté de son shoka écrit à l’encre noire, inscrit, d’une encre rouge, les clés secrètes qui permettront à la Nôkan de reprendre ses droits et d’entonner la musique secrète cachée derrière ces katakana.

Mais attention, le shoka donne tout de même les informations rythmiques ! Et puis, en les chantant dans notre tête en même temps que l’on joue, la nôkan sonne d’une autre manière ! C’est en tout cas, ce qu’il nous est dit !

Pour tout cela, on comprendra aisément que sa diffusion reste minime. En même temps, c’est aussi grâce à cela que la Nôkan, ainsi que les autres instruments du théâtre nô, gardent ce caractère inimitable. Ici, l’occident n’est pas entré ! Il est derrière la porte… il rêve, il fantasme. Comme sur les samurai et les shogun qu’un instant, grâce à cette musique, nous retrouvons. Hors de l’espace et du temps. Ailleurs.

NDLR : JE PARLE ICI D’UNE EXPÉRIENCE SINGULIÈRE LIÉE À UN MAÎTRE ET UNE ÉCOLE : ECOLE MORITA. Les deux autres écoles, la plus connue ISSO et la troisième FUJITA ne transmettent peut-être pas de la même façon. Ce que je sais, par exemple, c’est que l’école ISSO a beaucoup de doigtés différents.

Hypocrisis… Qu’est-ce que l’hypocrisie ? Bashar Al Assad, moi et le voisin…

 * Hypocrisie : Du grec ancien ὑπόκρισις (hypόkrisis) (« faux semblant »).

L’hypocrisie est l’attitude par laquelle on exprime des sentiments, des opinions que l’on n’a pas ou que l’on n’approuve pas, soit par intérêt, soit par lâcheté.
 

L’hypocrisie est le contraire de la sincérité qui revient à exprimer fidèlement et avec bonne foi des sentiments ou pensées, à ne pas confondre avec l’honnêteté qui est au sens strict du terme la tendance à exprimer sans dissimulation tous ses sentiments ou pensées.

Du plus loin que remonte ma mémoire, je crois que j’ai toujours eu cette interrogation : comment et pourquoi l’être humain est capable d’actes si abjectes ? Comment devient-on mauvais, machiavélique ? Mais surtout comment la masse, les groupes d’hommes et de femmes peuvent s’engouffrer entiers dans les actes barbares ?

Et chaque fois que se représente cette question, je reste un peu sans voix…

Et si… Et si, ces hommes-là, comme chacun d’entre nous, pensaient, à quelques mensonges prêts, faire le bien. Ou du moins, le mieux qu’ils peuvent ?

Il est frappant de constater que tout au long de notre vie, nous trouvons toujours des justifications pour tout ! Évidemment, puisque nous sommes à l’intérieur de nous-même, nous comprenons ce qui nous pousse à agir comme nous le faisons. Que ce soit dû à notre enfance douloureuse, à l’injustice, notre esprit tortueux, sans arrêt, justifie tout !

Qu’en est-il du téléchargement illégal ? N’avez-vous jamais fait pleurer quelqu’un ? Vous arrêtez-vous à chaque fois que quelqu’un a besoin d’aide? Donnez-vous de l’argent à tous ceux qui en ont besoin ? Non ! Pourtant, dans nos codes, dans notre éducation, tout ceci devrait être une évidence ! Mais ça ne l’est pas. Et pour cause, à l’intérieur de chacun d’entre nous, des voix inventent les chemins pour que, chaque jour, nous puissions nous occuper de ce qui nous importe, sans être trop dérangé par tout ce que nous faisons et que vu de chez l’autre, on trouverait intolérable. Ils sont rares les irréprochables. Et il faut beaucoup de courage pour essayer de le devenir. De courage et de temps. Le temps pour regarder chaque chose à sa juste valeur et non à celle que quasiment automatiquement, nous lui donnons.

En ceci, quand je regarde l’interview de Bashar Al Assad, je ne suis pas tant surpris de constater l’apparente « bonne foie » de ses propos. Quasiment sûr qu’il croit en tout ce qu’il dit et que son esprit et les esprits de ceux qui l’entourent construisent une réalité où leurs actes sont les seuls qu’ils puissent faire. Pareil quand on regarde le procès de Nuremberg ou d’autres mettant ce type de monstres au devant de la scène. C’est monstrueux, mais c’est exactement ce que nous faisons tous, tous les jours, à une bien moindre échelle, fort heureusement. En même temps, chaque fois que nous laissons à d’autres les tâches qui nous incombent, chaque fois que nous faisons semblant de ne pas voir, chaque fois que nous nous laissons aller, nous perdons le statut d’humain, pour nous engouffrer dans celui d’aveugle et fou. Et à chaque instant, nous sommes l’exemple d’un millier d’autres qui, nous voyant ainsi, justifient, eux aussi, leurs manquements. C’est une spirale sans fin!

Nous sommes tous Bashar Al Assad, Hitler, Laurent Gbagbo, mis à part une toute petite poignée d’hommes… peut-être. Les seuls, d’ailleurs, qui seraient capables de les pardonner comme on pardonne à un frère ou un père, dont on connaît l’histoire, parce qu’on la partage. Ils ne sont pas « détachés ». Comme si nous étions détachés de quoi que ce soit !

Le fait de vouloir le croire, de les pointer du doigt comme s’ils venaient d’ailleurs, loin de nous, est, sûrement, la seule raison qui rende l’horreur possible.

C’est terrible, non ? Et ça nous appartient. À tous. Nous, êtres humains. Qui, à chaque instant, avons le choix de devenir vigilants ou de continuer à faire semblant. Parce que les hypocrites, ce ne sont pas seulement eux, mais nous tous. Oui, nous tous. Qui poursuivons des rêves stériles au prix de vies, de blessures, de douleur. Oui, nous tous. Qui, ce soir, sommes confortablement installés dans notre cuisine ou notre salon, pendant qu’en Syrie ou ailleurs, des êtres humains, nos frères et sœurs, nos enfants, nos parents, se font égorger, tuer, assassiner, violer.

Si nous pouvons justifier que nous ne leur portons pas secours, alors pourquoi pas eux ?

Je nous le demande…

Le pouvoir de l’esprit

Je découvre depuis quelques temps et chaque fois de façon plus profonde, les mille et une possibilités de l’esprit. Quelle est donc cette machine qui nous dirige seule à 90% ? Et quelle part revient au cerveau, quelle au cœur, au foie, à la rate, aux reins, au système digestif ? Comment le savoir ? Et finalement, si nous n’en avons pas conscience, n’est-ce pas qu’il doit en être ainsi ?Si l’homme peut vivre sans manger, alors pourquoi se l’est-il imposé ? Pareil pour mille et une autre chose… Pareil. 

Ma fenêtre
Une fenêtre sur l’esprit

Chaque deux secondes, quelqu’un meurt sur terre du manque de nourriture et d’eau et nous avons le pouvoir de vivre de l’air ?! Et nous sommes bien plus beaux et fins quand cesse ce processus infernal qui nous ramène à l’âge de pierre. Se battre pour survivre ! Quand nous pourrions utiliser ce temps à comprendre qui nous sommes ou plutôt, utiliser ce temps à être ensemble. Vraiment. Simplement. 

 Y a-t-il une entité là haut qui nous a imposé cette épreuve ? Si non, est-ce le résultat d’une longue évolution ? Peut-être sommes-nous simplement à l’aube d’une ère nouvelle ? Une ère qui mettra encore des milliers d’années avant de devenir effective et qui verra un jour, un être d’une nature telle que nous paraîtrons à ses yeux des néandertals. Je peux, par le travail, par la conviction, devenir immortel. Arrêter de manger et boire, voyager dans l’espace comme un nuage, traverser la matière. Tout cela est à notre portée. Il suffit de prendre le temps, de s’y atteler, de laver nos apprentissages des scories de l’histoire et de la culture. Mais est-ce ça le bonheur ? Ou simplement le royaume des dieux dont parle Bouddha et qui mène un peu plus loin dans les nimbes de l’illusion et de la souffrance ? 
 À quel endroit se dresse la connaissance, à quel croisement la sagesse, à quel horizon la paix ? Si le meilleur endroit pour le découvrir est la vie d’homme, alors attelons-nous à la tâche. Devenons des êtres humains, humblement, sûrs que nous ne comprenons rien à ça qui se déroule ici. Capables de réaliser que nous ne dirigeons que peu de choses et que l’essentiel est invisible à celui qui agit. Seul celui qui contemple peut espérer embrasser l’immensité et accepter qu’il ne peut rien d’autre que la constater et la chérir, aussi petitement qu’il le peut. 
 À suivre…

Troy Davis… Mais qui a dit que nous étions des humains ?

Cela fait longtemps que j’ai disparu de la surface de la toile. A cela, mille raisons invalides. Et beaucoup de silence. Ce silence qui gagne et transforme les contours. J’ai porté mon regard sur l’horizon sans plus rien reconnaître. Conscient enfin que presque tout ce qui habite mon fantôme ne m’a jamais appartenu. Alors, j’ai fermé les yeux, j’ai quitté la route. J’ai laissé les larmes couler pour tout ceux qui ne peuvent pas. Pour les fourmis. Pour les abeilles et les rats. Pour l’amour, pour la joie. Pour la vie.

Ce soir, si je suis là, revenu, c’est parce qu’à cet instant, à quelques mètres de nous, un homme s’apprête à partir. Vous me direz, à juste titre, qu’à chaque instant certains hommes partent, quand d’autres arrivent ; c’est ainsi, c’est notre lot, notre ronde, notre croix. mais, ce soir,  Il devient l’homme. Pas un, pas lui, mais nous. Nous tous. Nous vivants, nous mourants, nous, humains et même, osons-le dire, le représentant du vivant. Nous ne sommes pas fait pour la multitude. Ca n’a jamais été notre fort ! La multitude est une invention pour nous disloquer de nous-même. Une invention pour nous plonger dans la souffrance qui rend aveugle et sourd.

Ce soir, si je suis là, revenu, c’est que je m’apprête à perdre encore un morceau de moi-même. Un de plus. Un de moins.

A l’instant où je vous écris, il est là, dans cette cellule. Peut-être est-il en train de prendre son dernier repas.  Dans un deux par quatre où il a passé 20 ans à attendre ce moment. Un deux par quatre sans oiseaux, sans arbre, sans pluie, sans lumière, sans personne à aimer, à qui parler. Un deux par quatre où le silence est si bruyant, si venimeux qu’il vous interdit au sommeil. A qui infligeriez-vous cela ? A qui ? Qu’il ait tué ou non n’est même pas le problème. S’il est le meurtrier, nous sommes tous aussi responsables que lui. C’est nous tous qui devrions à ses côtés attendre la sentence. S’il est innocent… s’il est innocent, je n’ose même pas y penser. Tant c’est horrible de pouvoir se dire qu’un innocent dans quelques heures sera exécuté quand moi j’irai poser mes lèvres sur le front de ma fille pour lui souhaiter une bonne nuit. Suis-je assez inhumain pour supporter cela sans rien faire ? Suis-je assez mort pour tolérer que dans mon monde on agisse ainsi ? Avec mon frère. Avec mon père. Mon fils. Et qu’en est-il de ceux qui devront passer à l’acte ? Qu’en est-il de celui qui devra remplir la seringue de poison, puis la glisser dans sa perfusion. De ce pauvre homme qui va devenir meurtrier simplement parce que nous sommes tous trop fous !

Comment se taire alors ?

Je veux te dire petit frère que je serai là ce soir. Dans la nuit, je tiendrai mes yeux éveillés. Et je prierai ! Oui, de toute mon âme, je prierai pour qu’à l’instant de ton départ, tu puisses trouver le réconfort d’une voix, que tu puisses trouver le chemin des cieux. Oui, je panserai ton âme quoi qu’en puissent dire les autres. Quels que soient les rires, quels que soit les mots.

 Nous ne sommes pas plusieurs. Cette année de silence m’a au moins permis de comprendre cela : chaque étincelle de vie sur la terre est la notre. Chaque… et toutes ! Ce n’est pas cela qui est un mensonge, une affabulation, un délire. Non, ce n’est pas cela. C’est le reste !

Il y a quelques jours, un frelon est venu mourir dans ma maison. J’ai fait le choix, il y a un peu plus d’un an, de ne plus jamais tuer aucun être vivant. J’ai donc été obligé de suivre les vols inquiétants de cette créature en essaynt d’éviter de me trouver sur sa route. Et en m’obligeant à lui laisser la vie, j’ai compris quelque chose. Ce frelon, bête venimeuse et impressionnante, terrifiante même, était, finalement, comme chacun d’entre nous. Face à l’imminence de sa mort, elle était terrorisée. Elle, comme ces vieilles gens que l’on croise dans les mouroirs où, comble de la civilité, nous les abandonnons à leur terreur, avait peur de la mort. Qui y-t-il derrière ? Que vais-je devenir ? C’est pour cela qu’elle volait à faire peur, en tout sens, risquant de me piquer. Elle s’accrochait. De toutes ses forces, elle s’accrochait. J’en ai pleuré. Et j’ai eu beau essayé de lui parler, de lui dire que j’étais là, que tout irait bien, elle, elle ne pouvait pas m’entendre.

Lui aussi est tout seul, dans ce couloir interminable où, ce soir, il va faire ses derniers pas. Lui aussi ne peut pas nous entendre. Ca se mérite ça ? Vous en avez vous des mots pour justifier cela ?

Moi non.

La grue et le serpent, entre Taiji, Bouddhisme et Physique Quantique

La grue et le serpent, symbole du Taiji Quan

Ok ! C’est vrai que ça fait longtemps que je ne suis pas passé par ici et j’en suis désolé. Depuis Bérénas, début août…

Depuis Bérénas, début août…
Mais est-ce que j’ai croisé « un » metteur en scène depuis ? Pas ou peu, trop peu pour venir relater ses « histoires » ici.
L’envie de départ en créant ce blog, je crois, c’était de donner à entendre ce que traverse quelqu’un qui vit de théâtre dans la France d’aujourd’hui. Rappelez-vous… 2003 et la remise en cause du statut de l’intermittent. Les grèves, les manifestations dans la rue et la prise de contact avec les passants.
A ce moment-là, j’avais été frappé par la méconnaissance de notre corps de métier, par la difficulté de faire comprendre notre quotidien. Loin de tous ces romans et instants de réussite qu’on rencontre parfois quand on accède à une scène, quel était notre réalité quand les projecteurs s’éteignent.
Je voulais aider modestement à rappeler la réalité, celle qu’on cache parce qu’elle rappelle des moments qu’on souhaite oublier quand on a réussi à sortir de là.
Mais aujourd’hui. Aujourd’hui les choses ont quelque peu changé. Bien sûr que toute histoire retranscrite avec un minimum d’honnêteté peut faire avancer la connaissance et la compréhension de chacun. Bien sûr que relater les aberrations qu’on croise dans l’intimité d’un bureau, d’une institution qui se sait à l’abri des médias et qui montre alors son vrai visage devrait être dénoncée.
Mais j’ai vieilli. Pas dans le sens d’un manque d’énergie, mais plutôt dans celui que j’ai fini par accepter que je ne peux pas, seul, faire tout, partout. Alors, après presque 36 ans d’éparpillement, je me rassemble avec moi, je me recentre sur mon quotidien, ici, sur la terre et je reprends l’apprentissage des notions de base qui me font tant défaut.
Dans ce moment de vie, je n’ai pas la place pour investir des espaces virtuels. Même s’ils nous connectent avec des êtres qui eux sont réels. C’est vrai que du coup, j’échange moins, mais peut-être mieux. Et je soigne chaque moment de ma vie avec une attention chaque jour plus réelle. C’est un moment, ce moment.
Je reviendrai ici. Je reviendrai au théâtre. Où plutôt la vie m’y ramènera. Elle choisira le moment. En attendant, je me construis avec ceux qui m’entourent. Je fais du Taiji Quan, je fais de la flûte de Nô, je lis, je médite, je m’intéresse à la physique, à tout ce qui nous entoure : les autres. Et puis, je tente de gagner ma vie, correctement.
Voilà.
Antoine et qui veut. Ici, c’est le journal d’un homme de théâtre. Vous qui l’êtes ou le devenez ou voulez le devenir ou avez des choses à partager sur, je vous ouvre cet espace. Envoyez-moi vos articles par mail et je les mettrai en ligne, ici. Voilà qui assurera la continuité ;-).
A très vite.
P.S. quelques liens intéressants :

Domaine Bérénas, entre Impatiens et Chopin

Je sais… depuis le Japon, le fil de ces pages ressemble à une mer d’huile ou, plus encore, à une chambre abandonnée à la poussière et au silence.

Ce journal n’est pas un quotidien, il n’est qu’une somme d’instants, de moments à partager ou que le temps m’octroie… des parenthèses. Ce n’est pas que le fil se brise. Ce n’est pas les projets qui manquent ou que les actes se font rares, c’est juste que cette petite chambre sous les toits où je peux m’isoler de temps à autre me rencontre moins souvent.

Là, je suis en vacances ! Quelques jours…

Domaine Bérénas aux portes de Clermont l’Eraut où je suis venu prêter ma voix pour dire quelques textes de Chopin à l’occasion d’un concert lecture imaginé et joué (au piano) par Magali Lauron pour le 6ème Festival de « Concerts dans le Chai ».

Enfin, “hors les murs”… dans ce doux état d’apesanteur qui permet les rencontres et le relâchement. Et j’en profite. Pleinement, j’en profite.

Histoires de vin, de bonne cuisine, de femmes et d’hommes, de terre, de vie ! Une suspension dans l’espace-temps où les heures s’égrènent autour de tablées de quinze personnes qui n’en finissent pas, où l’on se couche au levé du soleil et l’on s’endort la tête emportée dans des cercles éliptiques et joyeux, plein de visages, plein de paysages, de bruits de rires et de verres qui tintent. Et l’on ne se lève pas ! On émerge. Au début de l’après midi. Sur la place du marché où l’on boit des cafés, avant de se laisser, à nouveau, emporter par ce si délicieux et enivrant cycle.

Mais si j’ai eu envie d’écrire aujourd’hui (mis à part que le souffle s’y prête), c’est pour parler de ce moment “Chopin”.

Rencontre avec un homme qui se sentait “inutile” ou plutôt qui, sans arrêt, sans relâche, reposait cette question : “que suis-je venu faire là ?!”

C’est une question qui se pose souvent pour tous ceux qui, un jour, quittent le sentier et regardent ceux qui font tourner le monde la bouche ouverte, les bras ballants comme on voit passer un immense train de marchandise qui ne s’arrêterait jamais. On voit, par les fenêtres, les gens qui s’affairent, on devine des discussions… mais quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on ne pourra jamais remonter ! Quelque chose à un instant s’est déréglé, s’est arrêté et la seconde d’après nous étions là, dehors ! Devenus spectateurs !
Et même si de là où nous sommes, nous pouvons tout remettre en question – nous le devons ! – il n’empêche que pas un jour nous ne subissons, avec une justesse cuisante, cette sensation d’être “inutile”, dans le mauvais endroit. A l’endroit où l’on ne sert à rien ! Puisque nous sommes incapables de faire tourner le monde, de construire une maison, d’élever une vache et de la tuer quand l’heure arrive, de semer une graine pour nourrir nos enfants, nous sommes ces “inutiles”. “Inutiles” qui, du coup, ont le devoir de faire que les rails, l’environnement, ce qui n’existe pas dedans, mène l’homme sur la bonne route, l’empêche de pousser son train au point de rupture. En créant des paysages toujours plus singuliers pour qu’il ralentisse, s’octroie une pause, tende ses yeux vers l’horizon, ouvre la fenêtre…
A chaque crime, à chaque bavure, à chaque oubli, nous les “inutiles” sommes les responsables ! A chaque mot perdu, à chaque geste machinal, à chaque télévision qui s’allume, nous sommes les responsables.
Et le moment, le présent nous montre vraiment sous notre plus triste jour ! Peut-être parce que beaucoup d’entre nous ont perdu cette sensation terrible d’être “inutiles” ? Chopin l’avait ! Victor Hugo aussi !
A vouloir faire croire que tout le monde pouvait être artiste, à vouloir faire entrer dans le train ce qui appartient au dehors, à vouloir grimer les rebuts en hommes et les hommes en rebuts, nous avons préféré peindre des rideaux approximativement que d’affronter la grande fresque de couleurs de ceux qui sont restés dehors, leurs sons, leur chant de sirène… et nous perdons ce bien si précieux et fuyant qu’est notre humanité.
Je me disais hier… il n’est pas de plus grand crime que la négligence ! A chaque fois que nous faisons semblant de pas voir, à chaque fois que nous nous laissons aller à ne pas réparer la petite chose que nous avons déréglée, pour échapper au travail que cela représente, nous tuons un ou deux êtres sur cette terre. Oui, là, maintenant. C’est l’effet papillon. Peut-être plus facilement percevable par la toile qui nous offre de quoi mesurer les effets de nos actes.
Par notre posture, par la puissance cuisante de notre “inutilité”, nous avons pour devoir d’être toujours prêts, aigus, acerbes. Si nous ne sommes pas ça, qui ramassera le morceau de papier tombé par la fenêtre du train et qui, s’il tombe sous l’oeil du spectateur, discrédite notre ouvrage, immanquablement. Et qui sommes-nous si nous ne représentons pas la rigueur du guerrier, la pureté enfantine, l’ascèse du moine ?! Rien, hélas !
Pauvre Chopin ! Grand Chopin !
(message commencé le 04 août et fini ce matin… Lien vers le Domaine Bérénas et son festival en cliquant sur le titre)

Atelier Haiku au Festival du Printemps du Japon 2010

Dans la cour des Beaux Arts, juste en face du Théâtre Nô, Voyage dans une autre dimension…

Très en retard, puisque l’atelier était le 20 juin et que nous sommes quelque chose comme le 24 juillet, je reviens sur cet atelier « découverte du Haiku » que j’ai animé pour la 7eme édition du Printemps du Japon en Pays d’Aix.


Cela se passait au Théâtre Nô bien entendu, ce petit jardin japonais qui ouvre un espace-temps d’un autre monde, d’un autre temps, propice à l’échange, à l’humanité qui sommeille en chacun de nous, si souvent bousculée, froissée et qui retrouve ici, la place de s’étendre, de se révéler et de vibrer.

C’était un moment assez magique et les rencontres furent belles.

A la recherche de l’instant…

Comme je ne suis nullement un grand « Haikiste » (cf mes tristes essais lors de mon voyage au Japon ;-)), le propos était plutôt d’essayer de rencontrer l’état propice à l’écriture du haiku, la disponibilité à l’instant présent (Tiens, tiens… mais on dirait du théâtre ça, non ?!).

Après quelques explications de base (règles à suivre, et surtout à enfreindre et transgresser! 5/7/5 mores, kigo,mot de saison qu’on est censé trouvé dans les haiku : cf almanach des saisons appelé Saijiki)et un tour du Théâtre Nô, l’atelier commençait par un exercice découvert au Théâtre du Soleil avec Françoise Berge et développé sans cesse depuis : « Signer le Haiku ».

Signer le Haiku, ce n’est pas apposer sa signature en bas d’un haiku non ! (Quoique..) C’est dessiner avec son haut du corps (bras, tête, mains… les jambes sont croisées et servent de socle) le haiku sans préméditer, mais en laissant les mots, les images s’écrire dans l’espace, véhiculés par la voix et les gestes, comme un calligraphe qui se laisse traverser par les signes et nous offre la trace de cet instant.

Ensuite, nous avons appliqué un exercice découvert sur le site de l’Association Française de Haiku et proposé par Jean Antonini qu’il appelle Haiku Horizontauxou Détails profonds. Ce sont des phrases courtes, très simples où l’on essaye de laisser ensemble corps/sens et âme/esprit, ce qui, dans notre culture occidentale est l’inverse de ce que nous apprenons à faire.

Puis, après cette première phase d’écriture, déjà assez riche -l’exercice « Signer le Haiku », la présence sur le plateau du Théâtre Nô, le cadre, l’échange, tout cela aidant à « laisser la tête au vestiaire » comme dirait l’autre- il fut question de « voyager en aveugle ».

Sur le site du Théâtre Nô et des Beaux Arts d’Aix-en-Provence, deux par deux : un guide, un aveugle, ils ont fait un voyage dans un pays si loin et si proche, où les sens privés du regard, appréhendent l’environnement de façon différente, déroutante et, pour le coup, réellement concrète.

Au sortir de ce voyage qui devait durer entre 15 et 25 minutes, les aveugles avaient pour consigne de murmurer à l’oreille de leur guide, des Haiku Horizontaux nés de ces voyages (Bashô était un grand voyageur et c’est en voyage qu’il a écrit ses plus beaux haiku).

Enfin, chacun, reprenait l’écriture de ces Haiku Horizontaux à tête reposé…

Et franchement ce moment fut vraiment délicieux et semble avoir rempli son office d' »ouvreur d’appétit ». A croire que parfois l’on mène de longs et difficiles combats juste pour pouvoir vivre des instants comme celui çi.

Merci à tous pour cela.

Quelques mots des personnes qui ont partagé cet Instant Haiku au Théâtre Nô d’Aix en Provence, ce dimanche 20 juin 2010.


• ANNE :

voici les 2 écrits à la fin de l’atelier :

à la découverte de ce monde
nous marchons ensemble
je suis là pour toi

aveugle dans le vent
fait-il froid pareil ?
marchons vite !

et celui qui est venu en partant ce midi sur mon vélo à travers les petites rues de la ville… impression de liberté et d’espace intérieur après l’atelier…

mon vélo et moi
pédalant cheveux au vent
je touche le ciel !


merci pour cette porte ouverte, le haïku me semble si proche et si ludique maintenant… laisser jaillir en moi la sensation pour goûter encore plus la musique de ces mots… voilà que je découvre que le haïku est aussi un chemin vers moi ! une façon de plus de s’entourer de beauté et de transformer son regard sur ce qu’on voit, ce qu’on vit… domo aligato !


• GUYLAINE :

Merci pour les connaissances que tu transmets, ton écoute, ta gentillesse et ta manière ZEN d’être…
Bravo à Toi et à la Maison du Japon pour l’organisation de ces temps de partage.
A bientôt !

Le plus grand cadeau qui soit
Il porte bien son nom
C’est le Présent que nous nous offrons.


• DANIELLE

Un grand merci pour l’atelier d’hier !!

Sortir soudainement de l’anonymat et, faire tout à coup,ce qu’on croyait ne pas savoir ou ne pas pouvoir faire !! Quelle expérience !!

Je suis « tombée » il y a peu de temps , dans l’encre de la peinture chinoise ….

Je sens que je vais « m’élever  » avec les haïkus !!

Et, pour finir, les Haiku Horizontaux écrits pendant l’atelier :

Les yeux fermés ,
comme une aveugle ,
j’ai tout découvert.

En toute sécurité,j’ai avancé .


La tête dans les branches , l’arbre est venu à moi .

J’ai ressenti l’ombre et la lumière,
c’est étonnant !

D’une oreille attentive ,j’ai écouté les chanteurs .

Sous mes pieds ,
ça montait , ça descendait ,
c’était souple , dur ou graveleux ;
comme le chemin était varié !

• PATRICIA :

Voilà quelques phrases dans le vent, suite aux quelques instants dans le noir…

mes yeux bien fermés – le vent cherche à les ouvrir

mes fesses chaudes sur la chaise froide

un chant dans le vent – un sourire sous les feuilles – une porte claque

mes pieds contre les racines – où sont les miennes ?

Et cet haiku, que j’ai écrit après le café qui nous a réchauffé

un café trop chaud
la buée sur mes lunettes
haiku si flou !

Je te remercie encore pour ton regard sur le monde.
Amicalement

• MARIE MADELEINE :

Le vent glacial du jour
Le corps qui se mit à lutter
Le rencontre chaleureuse

J’ai profondément vécu ce moment qui m’a permis de rencontrer sous
une autre forme la joie d’être et m’a donné la possibilité de regarder autrement
le monde. Ressentir le monde à partir de mon centre.
Depuis ce jour je n’ai qu’une envie, renouveler cette recherche

et intensifier la joie.

Je te fais parvenir les haïkus de ce jour là

Le murmure du vent
Les pieds sur le sable

Les pas sur le sol
Les racines dans la terre

La force de la pierre
La main légère

Un regard
Une ombre
Une lumière

La lumière sourde
De ce matin de juillet
Rencontre mon regard

Un léger vent souffle
Ecoute le silence
Une coccinelle marche sur le mur

Bien cordialement

A suivre… si d’autres Haikistes de ce jour ont envie de donner leur ressenti et les quelques mots glanés ce jour là. 😉

Résidence Evil 2, le retour

Quelques mois de silence…

Nous sommes à l’orée de l’été et voilà que j’ai droit à quelques jours à moi, ailleurs, là où depuis quelques temps je retrouve les mots. Seront-ils toujours là ? Aurais-je la discipline nécessaire ?

J’ai débarqué mes malles de fatigue, mes livres et mes ordi, un piano droit pour les fins de soirée, quelques habits, deux paire de tabis.

Pourquoi des tabis ? Pour entrer dans cet autre moi, celui qui sait que sans plantes de pieds immaculées, les mots enfouis ne pourront être extirpés de leur secret. Et puis, parce que sans cet effort, sans une distance, un décalage, rien n’est possible vraiment.

En attendant ce rendez-vous pris pour demain matin, je nettoie et lave. La maison, la chambre, le cocon où je vais m’enfermer pour me laisser mourir, pour me laisser renaître. Comme un couteau qu’on aiguise, comme un rite qu’on prépare minutieusement, pas à pas. Pour être prêt. Au goût du sang qui revient sous la langue de l’enfance. A la perte des filtres de tous les jours qui deviennent inopérants. Au vertige qui s’accélère en boucle et hurle de plus en plus fort, de plus en plus vite. A la douleur ! Vive comme si des nerfs atrophiés se régénéraient. Comme ce loup garou qui s’attache solidement avant que la lune sorte pleine de derrière les nuages.

Parce qu’après il sera trop tard.