Et oui ! Déjà…
Nous voilà à trois jours de la première… moi qui voulais vous tenir un journal détaillé de cette traversée ! Mais je n’ai pas une seconde de solitude et en même temps ce moment ensemble est vraiment délicieux. J’y reviendrai…
Et oui ! Déjà…
Nous voilà à trois jours de la première… moi qui voulais vous tenir un journal détaillé de cette traversée ! Mais je n’ai pas une seconde de solitude et en même temps ce moment ensemble est vraiment délicieux. J’y reviendrai…
Après, je suis allé retrouver Olivier Personnic de la Maison du Japon en Méditerranée pour signer avec lui la convention de coproduction. Un sacré bonhomme celui-là ! Affairé de l’aube à l’aube. Et en même temps, tellement consciencieux ! Il est 22h00 quand je le quitte… je n’aurais encore pas vu Rose aujourd’hui.
Quand je rentre, elles sont là dans la cuisine et mangent. Rose m’a attendu. C’est la journée avec son papa, sa journée de « fête » normalement ! Mais papa est parti et elle le sait bien. Je vois bien qu’elle sait. Parfois quand j’ouvre les yeux cinq minutes, je m’aperçois comme elle grandit. Comme si j’avais été absent longtemps… alors que je suis là. Juste à côté.
Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec Serge Puech pour le Kimono de papier, puis cet après-midi, nous retraverserons le retour de l’Esprit, ce moment où Atsumori revient pleurer la douleur d’avoir été emporté avant d’avoir pu agir. Juste avant !
Vos mots me manquent… je sais que vous passez. Que certains prennent le temps de lire. Que d’autres me survolent. Mais j’aimerai sentir que vous êtes là. Entendre vos commentaires, vos impressions. Savoir que ce que je construis là n’est pas seulement pour moi, mais résonne au loin.
Allez ! Bonne journée à vous et peut-être à ce soir ou demain… who know’s !
Assis sur une lande glacée face à des milliers de guerriers qui se battent pour survivre, et qui, à présent, dans cet ultime combat, voudraient une dernière fois gouter au plaisir de contempler, assis au pied d’un cerisier, ses fleurs dans l’humidité silencieuse du matin.
Savez-vous comment agit un texte qu’on visite tous les jours et qui se gonfle de chair et de sang à chaque instant un peu plus ? Savez-vous ce que ça fait de se retrouver en face d’un homme mort il y a cinq cent ans et de sentir sur sa joue son souffle ? C’est terrible ! Si puissant et si fragile ! Si vrai !
Comment revenir là après ?
Nous sommes à quinze jours de la représentation. Et la peur et la solitude me submergent comme à chaque fois, me font perdre pied. C’est drôle, non ! J’ai toujours pensé que c’était pour lutter contre ça que je faisais du théâtre, alors qu’en fait, ça les marque un peu plus profondément chaque fois. Comme l’affirmation d’un trait qui me coupera un jour complètement du monde et de ceux qui l’habitent. Trop loin, définitivement trop loin pour pouvoir revenir…
Et comme à chaque fois, les idées se perdent. Je ne sais plus, je ne sais pas. Pourquoi monter ça aujourd’hui ? Comment vous le recevrez ? Comment nous arriverons à vous emmener ou pas ? C’est l’instinct qui revient. Lui sait, lui dicte et chaque jour qui nous rapproche du temps T, un peu plus. C’est toujours un moment très impressionnant, mais qui nous dit bien que le voyage est réellement amorcé.
Aujourd’hui, il nous faut survivre. Assurer chacun de nos pas sur ce chemin jamais parcouru. Trouver de quoi subsister et avancer, coûte que coûte. Et moi, je suis le capitaine. J’ai ces gens qui comptent sur moi et que je dois emmener. Je surveille. J’écoute les regards et les mouvements qui se dessinent dans notre espace. J’essaye de donner les mots qu’ils attendent et de montrer ce dos droit de celui qui pourra les faire traverser quoi qu’il advienne.
Ce n’est pas facile ! Surtout que Marc m’a connu avant, il y a longtemps. Quand j’étais ce bébé d’acteur et qu’il m’a souvent tenu la main pour m’emmener avec lui. Aujourd’hui, les rôles sont inversés et à chaque instant, je dois prouver que je peux être le premier de cordée. Même si je voudrais crier, m’abandonner aux larmes dans leurs bras. Je ne dois pas ! Je leur dois ce regard droit et cette voix qui rassure.
Hier, nous avons atteint avec Gilles, ce point où l’acteur devient le garant de la parole -l’origine et mon dieu, c’était fort et puissant !- ce genre d’instants qui dans la vie d’un acteur le transforme à tout jamais et font de lui un gardien sûr et précieux de notre temple. Marc, lui, s’immerge, chaque jour, un peu plus loin dans l’histoire, avec une pertinence et une virtuosité poétique et sensible.
Bon… la journée est encore longue. Il va me falloir aller trouver les sous, discuter des contrats, mettre en place ce qui autour tient ce frêle navire. Faire l’effort de paraître là.
A vite.
Première rencontre avec Atsumori. Marc nous accompagne et avec Gilles nous allons à la rencontre de ce jeune homme, mort dans sa 17ème année… Journée enivrante et en même temps assez éreintante.